PSYCHOLOGIE

Les particularités de la relation dentiste-patient

Le patient dans tous ses états


Psychologie de la peur


En ne comprenant pas les angoisses, l'anxiété, l'appréhension de ses patients, le dentiste risque de passer totalement à côté de la richesse de son métier. Dès l'instant où il a pris conscience de l'impact de toutes ces peurs diffuses, parfois confuses qui habitent la plupart des patients, le praticien va pouvoir anticiper un certain nombre de réactions. La qualité de son exercice s'en ressentira automatiquement. Le praticien qui saura gérer les angoisses et l'anxiété de ses patients, parce qu'il les aura comprises, pourra alors réaliser des plans de traitements intéressants et s'épanouir pleinement. En revanche, en ignorant l'angoisse, le praticien risque d'occulter complètement la relation humaine en se réfugiant dans une approche purement technicienne. Un patient n'a pas envie de confier son corps, sa bouche, ses dents, sa santé, à un soignant qui n'est pas passionné, convaincu et convaincant, parce que réfugié dans une approche mécanique. Approche qui ne peut se révéler décevante, tant sur le plan clinique qu'économique.


Eradication de la douleur peropératoire et persistance de l'angoisse


Un argument fondamental aurait dû améliorer la condition du dentiste : l'éradication de la douleur peropératoire. L'affinement des anesthésies et les progrès opératoires ont eu raison de cette douleur, ou du moins la réduisent dans des proportions considérables. Cette nouvelle aurait dû être révolutionnaire. La douleur n'était-elle pas le plus solide des bastions de la peur éprouvée à l'égard du dentiste ? Son éradication aurait dû radicalement changer la réputation tant redoutée du praticien et ouvrir l'espace d'une nouvelle relation, dénuée de toute anxiété. Et bien non, cette révolution n'a pas eu lieu. La trouille instinctive, presque automatique provoquée au seul énoncé du mot "dentiste" reste bien vivace.

Une hypothèse pourrait expliquer la persistance de cette peur irrépressible. Au cours d'un passé récent, la douleur focalisait l'attention du patient. Dès lors qu'il ne souffrait plus, l'espace mental libéré a pu être réinvesti par d'autres frayeurs, plus subtiles mais non moins pernicieuses. L'utilisation du pluriel à propos de la peur s'impose d'ailleurs car l'angoisse, nous l'avons tous noté, a un pouvoir multiplicateur.
Une fois la douleur peropératoire supprimée, on aurait presque pu se demander s'il était encore nécessaire de tenir compte des angoisses du patient. Après tout, on ne lui faisait plus vraiment mal, et un travail indispensable était effectué. Cette politique s'apparenterait, en fait, à celle de l'autruche. En réalité, même dans le cas où elle n'atteint pas le stade de la phobie, la peur s'associe souvent à la panique, et entraîne toute une série de manifestations que nous connaissons tous : palpitations cardiaques, gênes respiratoires ou autres réactions physiques paralysantes. Bref, la peur est définitivement contre-productive. Le soigné qui en est la proie traînera des pieds à l'idée d'adhérer à tout plan de traitement. Il se retranchera, par exemple, derrière le paramètre financier afin de décliner toute proposition thérapeutique.



Empreinte et transmission des angoisses de l'enfance

Les patients n'ont pas eu le temps d'intégrer la rapidité des progrès effectués en odontologie. Les "supplices" endurés chez le dentiste lors de l'enfance demeurent gravés dans leur mémoire.
Certes, le temps s'est écoulé, mais l'enfant qui demeure en nous ignore, ou n'a pas intégré, l'évolution survenue. Souvent, il ne peut s'empêcher de narrer à sa progéniture ses mésaventures passées, pensant la vacciner contre "l'épreuve" à venir. Même s'il ajoute ensuite que le "féroce arracheur de dents" de son enfance a cédé la place aujourd'hui à un praticien délicat et expert, le mal est fait. L'enfant ne retiendra que les aspects anxiogènes de l'histoire. Pourquoi du reste, souscrirait-il à cet hypothétique "happy end" que maman et papa ne connurent pas eux-mêmes ?

N'oublions pas que l'éradication de la douleur qui aurait dû logiquement entraîner celle des peurs, concerne essentiellement la souffrance peropératoire. A un lectorat professionnel, épargnons l'inventaire de l'arsenal dont nous disposons aujourd'hui afin de la prévenir. Toutefois, un détail apparemment accessoire mérite d'être analysé. Il s'agit des substances préanesthésiantes. Plus que leur portée thérapeutique, leur valeur symbolique apparaît capitale. En effet, la création puis l'utilisation de tels produits illustrent l'une des préoccupations majeures de la nouvelle odontologie : éliminer le début du commencement du moindre inconfort chez le patient. Cette précaution extrême est symptomatique. Elle repousse les frontières de la douleur en supprimant le pincement de la piqûre, elle-même chargée d'éradiquer toute souffrance opératoire.

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